Les subprimes - vulgarisation illustrée - ARC®

Lors de la crise des subprimes en 2008, une présentation assez grossière mais factuellement exacte et simple à comprendre a circulé sur le Web. Son auteur est malheureusement inconnu.

Après un petit moment de réflexion, nous avons décidé de traduire (et nettoyer) cette présentation.

Attention: le langage d'origine était extrêmement ordurier. Bien que nous ayons fait notre possible pour arranger cela, certains passages restent assez vulgaires.

Chez le courtier américain...

Emprunteur - Purée, j'aimerais acheter une maison mais je n'ai pas économisé assez pour une mise de départ et je ne crois pas que je pourrai payer les mensualités. Pouvez-vous m'aider?

Super Courtier américain - Sûr! Comme la valeur de votre maison montera toujours, nous n'avons plus besoin d'une mise de départ! Et nous pouvons vous donner un taux d'intérêt très bas pendant quelques années. On l'augmentera plus tard, OK?

Emprunteur - Bien sûr, aucun problème. Heu, il y a autre chose... Mon employeur est un vrai bâtard et pourrait ne pas certifier que je suis employé. Cela posera-t-il problème?

Super Courtier américain - Nan. On peut vous obtenir un « prêt menteur » spécial et vous pourrez certifier vous-même votre propre emploi et revenu!

Emprunteur - Vous êtes formidable! Vous voulez vraiment bosser avec des gars comme moi.

Super courtier américain - Ben, nous ne vous prêtons pas d'argent – c'est une banque qui fait ça – alors on s'en moque si vous remboursez l'emprunt. Nous, on touche quand même notre commission.

Emprunteur - Ouah! Allons-y!

Quelques semaines plus tard, à la banque...

Banquier - Je ferais mieux de me débarrasser rapidement de ces prêts pourris. Ils commencent à emboucaner mon bureau. Heureusement les p'tits gars hyper fûtés à New York vont les acheter et faire leur magie financière dessus! Je les appelle de suite!

Voyons ce que font les gars hyper fûtés...

Chef - Beurk! On ferait mieux de se débarrasser de ces prêts hypothécaires pourris avant qu'ils ne commencent à attirer les mouches!

Sous-fifre - Mais qui pourrait acheter cette pourriture, patron?

Chef - Je sais! D'abord on va créer un nouveau nantissement et utiliser ces emprunts pourraves comme garantie. On appellera ça un CDO (ou peut-être CMO). On pourra vendre ça à des investisseurs et promettre de les rembourser au fur et à mesure du remboursement des prêts hypothécaires.

Sous-fifre - Mais de la pourriture, ça reste de la pourriture, non? Je pige pas.

Chef - Ah, individuellement ce sont des emprunts pourris, mais si on les réunit en paniers seulement certains d'entre eux seront foireux – pas tous. Et comme les prix de l'immobilier grimpent tout le temps, on n'a vraiment pas de souci à se faire.

Sous-fifre - Je pige toujours pas.

Chef - Le nouveau CDO fonctionnera comme ça: on va en faire trois ensembles (ou tranches) qu'on appellera « les bons », « les pas très bons » et « les franchement pourris ». Si certains des prêts hypothécaires foirent, parce que certains vont certainement foirer, on va promettre aux investisseurs dans les « bons » de les payer d'abord, puis les « pas très bons », et en dernier les « pourraves ».

Sous-fifre - Je commence à comprendre. Et parce que les investisseurs en « bons » courent le moins de risques, ils auront un taux d'intérêt plus faible que les autres, pas vrai? Les « pas très bons » auront un meilleur taux d'intérêt et les « pourraves » auront un gros taux bien juteux.

Chef - Exactement. Mais attend, il y a mieux. On contracte une assurance pour la « bonne » tranche. Si on fait ça, l'agence de notation lui donnera un super note, dans la frange AAA à A. Ils donneront probablement une note BBB à B à la « pas très bonne » tranche, c'est quand même pas mal. On va pas s'enquiquiner à leur faire noter la tranche « pourrave ».

Sous-fifre - Et comme ça vous êtes parvenu à créer des nantissements notés AAA et BBB à partir d'une pile de prêts hypothécaires pourris et risqués. Chef, vous êtes un génie.

Chef - Ouais, je sais.

Sous-fifre - Bon, et à qui on va vendre les trois tranches?

Chef - Les empaffés de la SEC (NdT: organisme indépendant américain de notation et contrôle des nantissements avec un pouvoir judiciaire) ne vont pas nous laisser vendre ce truc aux veuves et aux orphelins, alors on va le vendre à nos clients institutionnels sophistiqués.

Sous-fifre - Comme qui?

Chef - Ben, les compagnies d'assurance, les banques, les petits villages de Norvège, les écoles du Kansas – n'importe qui recherchant un investissement sûr et de qualité.

Sous-fifre - Mais personne n'achètera la part « pourrave », non?

Chef - Bien sûr que non – personne n'est aussi stupide. On va garder cette tranche et nous offrir un joli petit taux d'intérêt.

Sous-fifre - Tout ça c'est génial, mais comme on utilise les prêts hypothécaires pourraves comme garantie sur un tout nouveau nantissement, on ne s'est pas vraiment débarrassés d'eux. Ne doit-on pas les inscrire sur notre bilan comptable?

Chef - Bien sûr que non. Les gars qui ont écrit les règles nous permettent de monter une société écran dans les îles Caïman pour les rendre propriétaires des prêts hypothécaires. La merde va sur leur bilan comptable, pas le nôtre. Le joli nom de ce truc est « Special Purpose Vehicle » ou SPV.

Sous-fifre - C'est génial, mais pourquoi nous laisseraient-ils faire ça, est-ce qu'on ne fait pas que déménager notre pourriture à droite et à gauche?

Chef - Si, mais nous les avons convaincus qu'il est vital pour la santé du système financier US que les investisseurs ne sachent rien de ces transactions complexes et ce qu'il y a derrière.

Allons voir les comptables...

Citoyen inquiet - Monsieur, en tant qu'investisseur et citoyen soucieux, je demande que vous forciez nos institutions financières à montrer une plus grande transparence et ouverture dans leurs rapports financiers!

Super comptable - Prout.

Ouah, on l'avait pas vu venir...

Fond de pension d'un Village Norvégien - hé mec, c'est quoi ce bordel? On ne reçoit pas nos paiements mensuels!

Banque d'Investissement - Ouais, je voulais vous appeler mais c'était vraiment dingue ici. On dirait que les andouilles qui ont souscrit les prêts hypothécaires qui servent de garantie à votre CDO ne sont pas capables de les rembourser.

Villageois norvégien - Attendez une minute! On a acheté la « bonne » tranche du CDO, notée AAA. Vous savez, celle qui est sûre? On doit être payés les premiers.

Banque d'Investissement - Ben manque de bol, les prêts étaient bien plus pourris que ce que nous pensions à l'origine et il y a très peu de pognon qui rentre. Franchement, je vous assure que nous sommes aussi désappointés que vous.

Villageois norvégien - Mais vous m'aviez dit que les prix de l'immobilier montent tout le temps et que vos emprunteurs pouvaient toujours restructurer leurs emprunts immobiliers!

Banque d'Investissement - Ouais, c'était une mauvaise évaluation. Désolé.

Villageois norvégien - Mauvaise évaluation, mon froid derrière norvégien! Et vous faites quoi de la note AAA des agences?

Banque d'Investissement - Ils se sont gourés aussi.

Villageois norvégien - Mais ce nantissement était assuré! Que font les assureurs?

Banque d'Investissement - Vous plaisantez? Ils n'ont certainement pas mis assez d'argent de côté pour couvrir ce bordel. Ils se sont gourés.

Villageois norvégien - Eh bien c'est vraiment génial, crétin. Qu'est-ce que je vais dire à mes villageois?

Banque d'Investissement - Dites-leur que vous vous êtes gouré.

Villageois norvégien - Andouille!

Banque d'Investissement - Prout.


Petite note explicative

Les banquiers et courtiers américains (comme mentionné brièvement dans le texte) n'étaient (avant la crise) soumis à pratiquement aucun contrôle. Les contrôles existants étaient habilement contournés par des écritures dans des paradis fiscaux comme les îles Caïman, donc non vérifiables par la SEC.

En Europe, et surtout en France, les régulations et contrôles bien plus draconiens, ainsi que la plus grande paranoïa des banques lors de la souscription d'emprunts importants (comme les prêts immobiliers) ont fait que ce type de situation (utilisation de biens et revenus surévalués pour garantir des emprunts impossibles à sourcer) n'est tout bonnement pas possible à aussi grande échelle qu'aux Etats-Unis.

Malheureusement, la nature internationale du système bancaire (comme illustré par le village norvégien) a fait que la crise n'est pas restée limitée aux Etats-Unis mais s'est propagée – entraînant une hausse de la paranoïa des banques européennes et une forte restriction des prêts concédés aux particuliers malgré les tentatives de forçage par les institutions de réglementation (chute de l'Euribor, loi permettant la souscription de n'importe quelle assurance sur prêt).

Traduit de l'anglais et redessiné par Michel Meyran pour l'ARC – original non crédité

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. Par Jean-François Fournier

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Michel Meyran - Webmestre, créa graphique et touche-à-tout. Son sourcil dressé est souvent l'indication d'un problème à venir et de frustration pour tous.


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