EDITORIAL TRIMESTRIEL de Jean Pellegrino [Actualité économique et du crédit du 1 octobre au 31 décembre 2005] - ARC®

Tranche d'impôt !

"Trop d'impôt tue l'impôt !" dit la sagesse populaire… "Trop de tranches tuent l'impôt !" semblent dire les gouvernants européens (et français en cette fin d'année). Telle peut donc être résumée la nouvelle doctrine fiscale communautaire. Le principe d'une taxe unique (rebaptisée "Flat tax" dans les nouveaux pays de l'union où elle se développe à partir d'une fiscalité entièrement reconstruite depuis leur sortie du bloc soviétique) se déclinera bientôt en "4 ou 5 tranches" dans les pays de l'ancienne Europe des 15. Flat tax ou taxe unique illustre l'idée selon laquelle la "concurrence" fiscale entre Etats se cache derrière toute "réforme" fiscale entreprise par un membre de l'Union Européenne.

Crédit en Europe cherche directives désespérément…

La question du crédit qui s'immisce dans les travaux de la Commission illustre la tendance harmonisatrice : tout se passe comme si, poussées par la vigueur persistante du marché hypothécaire (sur fond, tout de même, d'inquiétudes de la BCE quant au risque d'éclatement d'une bulle immobilière), "teasées" par celui du crédit à la consommation, les instances européennes se pressaient de réaliser l'harmonisation réglementaire qui convient à un marché aussi vigoureux que celui du crédit. Rechercher des règles communes dans le respect des Etats, tel est le nouveau pari que s'est lancé la Commission pour tenter de contrer les risques inflationnistes. Contrôler la dynamique du crédit dans le cadre d'un relèvement "en douceur" des taux (pour ne pas mettre à mal des ménages européens très endettés en taux variables), serait donc le nouveau vent porteur de la construction européenne.

Banque Postale : du timbre au billet de banque, chronique d'une naissance annoncée

L'avènement en France de la Banque Postale semble parfaitement illustrer le sujet de l'harmonisation du secteur bancaire européen. C'est bien en effet sur le plan de la concurrence que les grands faiseurs contestent aujourd'hui le nouveau statut de ce pourtant très vieux confrère : "Une totale égalité de concurrence doit régner entre les établissements de crédit" rappelle un document remis à la Commission européenne début septembre par la Fédération nationale du Crédit Agricole. Bien que les sources de cette "inégalité" relevée par la banque verte ne portent que sur la question des retraites des employés de la Banque Postale et sur la distribution du Livret A, la concurrence reste au centre des préoccupations. Il est à ce titre intéressant de comparer ces protestations d'un futur concurrent aux inquiétudes exprimées par les autorités européennes, celles-ci portant sur le coefficient d'exploitation que le nouveau venu promet de réduire tant en jouant sur les charges qu'en développant les produits. Acteur de poids sur un marché européen déjà très lourd, la Banque Postale n'a pas fini de susciter les réactions de la part de "confrères" affûtés comme les coupe-coupes qui leur permettent d'avancer, depuis longtemps déjà, dans la jungle des réglementations et des usages européens…

Surendettement, clientèle modeste, accès au crédit et… service bancaire universel

A côté de ces manœuvres tacticiennes, le souhait du gouvernement Villepin de développer une politique contre l'exclusion des services bancaires paraîtrait presque animé d'un souci d'équité proche de cet égalitarisme que nous reprochent si souvent nos voisins britanniques. Cependant, 30 Milliards d'Euros de crédits non distribués et 40% de la population exclue du crédit, voilà des chiffres à même de tempérer cette impression d'équité que pourraient laisser les mesures envisagées par Matignon : l'accès au crédit d'une clientèle modeste représenterait-il (sur fond de baisse du nombre de dossiers de surendettement) un nouvel Eldorado dans l'histoire de la conquête bancaire ? Une partie de la réponse tiendra certainement dans les mesures qui accompagneront les intentions. Si celles-ci tendent à assouplir la réglementation limitant le taux d'usure (c'est-à-dire si le prêteur peut espérer une meilleure rémunération de son risque), on peut supposer que les établissements bancaires se laisseront tenter… Si les intentions ne sont suivies que de mesures de principe, gageons que le "crédit pas cher" continuera de ne s'adresser qu'à ceux qui présentent les garanties nécessaires pour border le risque : à petite rémunération, petite prise de risque… et ce sera tout !

Management bancaire: et un et deux … on écoute le client … et trois et quatre …

Vers une juste rémunération des risques dans un marché du crédit toujours dynamique ? Acteur prometteur (et harmonisé) du développement européen, le monde bancaire se consacre à la fabrication de son nouveau visage au travers de ce qu'il est convenu d'appeler la relation-client. Car si les français font confiance à leur banque (ou à leur banquier, ce qui revient finalement au même) ils ne lui reconnaissent pas la qualité d'écoute à laquelle ils s'attendent. Privées de cet attribut, les banques ont donc décidé de réagir en définissant le nouveau profil du conseiller bancaire, davantage spécialisé, segmenté, éduqué à répondre selon la demande. Conséquence, une fois les banques à guichet sensibilisées aux attentes de leurs clients, il y a tout lieu de penser que les années à venir verront se développer un service adapté à l'homo bancarius que nous sommes, plus à l'écoute de nos besoins, de nos demandes… Voire ! Mais surtout, si cette adaptation de l'offre (des grands réseaux) à la demande (de ses clients) lui permettait d'être plus performante sur ce qui constitue jusqu'à ce jour le fonds de commerce d’une profession, celle d'Intermédiaire Bancaire (fournir une réponse adaptée à un besoin précis), une réflexion ne devrait-elle pas s'engager et animer prochainement les réunions des associations en charge de fédérer cette profession, en France comme en Europe ?

Actualité en France

L'actualité de ce dernier trimestre en France nous ramène encore à des questions de développement. Alors que "meilleurtaux.com", leader dans le crédit immobilier, affiche de superbes résultats et une diversification qui le placera bientôt en concurrent direct des banques de réseau, celles-ci, au travers d'un récent sondage, n'ont semble-t-il que peu de souci à se faire quant à l'attachement des français à leurs guichets. 74% d'entre eux continuent de privilégier le contact direct avec leur conseiller et tiennent l'Internet pour un complément plutôt que comme un concurrent en matière de services bancaires. Le secret du développement serait-il donc encore dans la spécialisation ? Meilleurtaux.com risque-t-il de se "généraliser" trop tôt ? L'avenir le dira qui nous renseignera aussi sur l'option choisie par les dirigeants de Crédit Agricole S.A, option d'un développement à tout crin. Auraient-ils d'ailleurs pu faire autrement que d'afficher une aussi forte ambition pour eux-mêmes, avec la même audace qui fut la leur pour placer avec succès leur filiale rebaptisée LCL sur les rails de sa nouvelle stratégie ? En cela "l'ex CCF", "nouvelle HSBC", s'impose aussi comme un compagnon de jeu à la hauteur de la partie, présent sur tous les fronts, dans tous les aéroports, toutes les gares, pour finaliser une campagne de promotion tout aussi réussie.

Développement toujours, pour remarquer combien les établissements hexagonaux sont en proie à quelques questions existentielles. Cetelem et Cofinoga, tout d'abord, qui réorganisent leurs activités au sein du groupe BNP Paribas (le premier devant se rapprocher du réseau BNP, le second se destinant aux partenariats avec les autres réseaux externes, bancaires ou d'assurance) ; CIF (Crédit Immobilier de France), ensuite qui, seul indépendant du marché, se sent un peu isolé pour asseoir son développement et cherche à s'adosser sans perdre son autonomie ; Cetelem, encore, qui a entrepris avec succès de redonner confiance dans le crédit après des années d'un discours basé sur l'insouciance ; jusqu'à Ma Tante, enfin, qui consent à un relookage de sa terminologie pour apparaître en phase avec son époque (ne dites plus "prêt sur gage" mais "prêt sur objet" !). Dans le concert de ces établissements, quelque peu en cours de repositionnement, trônent toujours nos deux plus beaux fleurons, BNP Paribas et Société Générale, dont personne n'ose plus envisager le mariage tant que la Banque Postale ne sera pas définitivement apparue dans le paysage bancaire. Une santé de fer, un réseau protéiforme, des ratios historiques, des bénéfices record qui placent ces deux colosses dans le peloton de tête européen pour la conquête des marchés étrangers. Une conquête dont il est intéressant de souligner la place qu'entend prendre en Europe la Caisse d'Epargne, autre leader français, au travers de sa filiale CFF (Crédit Foncier de France) sur le marché du crédit de restructuration hypothécaire. En effet, le CFF, après la France au travers de sa filiale du CFCAL, s'intéresse au Portugal et crée Sécundis en vue d'un développement en Europe du sud, marché jugé porteur.

Actualité en Europe et dans le Monde

L'international baigne encore ce trimestre dans les tentatives d'harmonisation des services financiers en Europe, tentatives qui mettent en exergue les particularités des autorités de surveillance de chaque pays membre. Rendue indispensable, entre autres, par la mise en place des normes définies par les accords de Bâle II, une meilleure circulation de l'information entre les superviseurs devrait toutefois voir le jour. Appelés par les vœux de la BCE et du CESB (Comité Européen des Superviseurs Bancaires) en matière de réglementation, ces efforts de communication entre les autorités bancaires de chaque pays en vue d'une "harmonisation" est par ailleurs déjà en vigueur, d'une certaine manière, au sein d'entreprises supra nationales du secteur. Le groupe General Electric, dans le cadre de sa filiale européenne GE Money, illustre en effet déjà parfaitement ce que "synergie" et "collaboration" veulent dire : rationalisation des structures visant à faire bénéficier chaque marché des savoir-faires acquis sur les autres marchés d'une même zone. Dans le même temps la Commission tente de convaincre un certain nombre d'intervenants ne prévoyant aucun rapprochement transfrontalier avant longtemps, tels Deutsche Bank ou Commerzbank, que ce type de fusion pourrait naître d'une amélioration des règles de supervision. La création d'une autorité de supervision européenne, mainte fois évoquée, serait-elle près de voir le jour ? En attendant cet avènement, deux exemples confortent le scénario du rapprochement : l'adoption d'une directive définissant les nouvelles règles prudentielles devant entrer en vigueur d'ici deux ans, adoption suivie d'un premier accord décisif dans le domaine de l'harmonisation des virements, prélèvements et transactions par carte en Europe, conclu entre les 65 banques membres de l'EPC (European Payments Council).

Et puis, un peu comme un modèle d'opiniâtreté, nous tenions à souligner combien un système bancaire autrefois moribond (le système japonais) fuyant de toutes parts, avait su tirer profit d'une intervention nationale (celle de l'Etat japonais à la fin des années 90) pour se replacer au premier plan. Cette reconstruction est d'autant plus surprenante qu'autrefois laissé pour mort, au bord de la faillite, criblé de créances douteuses (voire irrécouvrables), ce système est aujourd'hui en passe de redevenir l'un des plus puissants de la planète. La morale de l'histoire ? Pourquoi, à partir d'une situation sans commune mesure avec celle des banques japonaises d'il y a quelques années, un ensemble aussi puissant que celui des banques européennes ne mettrait-il pas à profit ses synergies pour occuper une place plus en adéquation avec sa puissance réelle ?

Taux / Devises

Début décembre, la BCE relevait ses taux directeurs, portant le principal à 2,25% (il se situait, inchangé, à 2% depuis le début de l'été 2003). La décision appela quelques réactions des milieux politiques, mais, s'agissant du point final -et attendu- donné à une discussion entamée depuis plusieurs mois, les remarques n'allèrent pas bien loin. Mi septembre la FED n'avait-elle pas aussi augmenté d'un quart de point ses propres taux pour éviter l'inflation provoquée par la hausse de l'or noir ? La crainte inflationniste est en effet au coeur des préoccupations des banques centrales étasuniennes et européennes, indépendantes de pouvoirs politiques davantage préoccupés par les risques que ferait courir au frémissement de reprise (+0,7% de PIB au 3e trimestre en France) un cycle de resserrement des taux. Pour la BCE, Jean-Claude Trichet excluait toutefois dès la fin novembre l'enclenchement de ce cycle tant redouté. Il préférait alors parler d'une hausse modérée, dans un discours préparatoire de l'opinion publique présenté comme une grande première en Europe depuis la monnaie unique. La croissance, pour la préservation de laquelle Thierry Breton souhaitait mi novembre que l'on ne relevât pas de manière trop importante le niveau des taux, était dans le même temps présentée par le gouverneur de la banque de France, Christian Noyer, comme un risque possible de dérapage inflationniste. Croissance et inflation ne trouvent pas les mêmes soutiens, c'est bien connu, du côté des ministères (chargés d'encourager le développement) et de celui des banques centrales (chargées de veiller à la santé des monnaies). Enfin, cependant que le bilan des banques ne risque visiblement pas grand-chose d'une hausse des taux (leurs revenus viennent aujourd'hui davantage des commissions que des prêts) et que les entreprises semblent confirmer un réel cycle d'investissement, une des conséquences attendues sera probablement un impact limité sur l'immobilier dont l'activité risque en effet de décroître "en douceur".

La portée limitée de ce risque est due, entre autres, au report probable des nouveaux emprunteurs sur les taux à long terme. Ils se détourneraient en cela de la tendance de la dernière décennie qui favorisa le recours aux taux variables, plaçant aujourd'hui ceux qui y ont souscrit en situation de subir quelque peu cette montée des taux. Toutefois, les conséquences en termes de trésorerie seront moins lourdes (grâce aux sécurités associées à ce type de prêts) que pour les états ayant aussi une dette reposant sur cette durée et pour lesquels toute remontée des taux impacte donc notablement le service de la dette. Ainsi, de risque absent en risque limité, il semblerait que la hausse des taux n'impressionne pas grand monde en Europe. Certains y voient cependant la cause possible d'un déséquilibre entre les deux principales devises mondiales (l'US$ et l'€), qui renforcerait l'Euro au détriment de ses exportations. Une telle suite de conséquences aurait effectivement pour effet de contrarier la croissance de la zone que d'aucuns voyaient déjà partie pour les sommets. Quelle importance doit-on, en parallèle, accorder à cette information selon laquelle 45% des réserves de change des banques centrales européennes seraient constituées d'or (contre 9% dans le monde) ? Perte de confiance dans les autres devises (US$ et JPY), volonté d'offrir de meilleures garanties permettant de maintenir au plus bas des taux directeurs favorables à la croissance sans sacrifier la demande en Euro ? Les savants calculs des grands argentiers ne sauraient cependant rester bien longtemps dans les brumes tant la question des taux demeure au coeur des économies européennes.

Pour conclure sur ce sujet, il serait dommage de ne pas souligner une fois encore le point de vue japonais sur un même phénomène vécu différemment : alors qu'en Europe l'inflation est décrite comme le "risque inflationniste", l'Empire du Soleil levant, sensible aux moindres hausses de prix, se prend, lui, à espérer sa sortie prochaine d'une trop longue période déflationniste ayant rendu atone la seconde puissance économique mondiale.


Achevé de rédiger le 31 janvier 2006


Jean Pellegrino - Rédacteur d'articles, de revues de presse et d'éditoriaux. Son ambition est de faire partager un point de vue synthétique et original sur l'actualité économique en général et du crédit ou du rachat de crédits en particulier, tout en insistant sur les enjeux liés à cette activité.


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